Le mot du Directeur
30 ans que cela dure!
Depuis ce mois de janvier 1978 où, fous et inconscients de ce que nous entreprenions, Eric Faure, Jean-Pierre Jackson et moi-même transportions le Steinway “Grand Concert” de la salle Benoît XII (rue des Teinturiers) à l’amphithéâtre de la faculté de Lettres (alors rue Joseph Vernet) pour le mettre à disposition d’un très jeune pianiste débutant (mais prometteur!) : Michel Petrucciani.
Depuis, au gré des salles et des lieux disponibles qu’aura bien confortés le soutien amical du Théâtre du Chêne Noir (pendant 10 ans), nous pouvons afficher la satisfaction d’avoir reçu à Avignon la plupart des musiciens (débutants ou confirmés) qui comptent sur la scène du jazz contemporain, national et international.
Les lister c’est réveiller de merveilleux souvenirs, des temps forts et des moments musicaux d’une grande intensité. Vous avez les vôtres, nous avons les nôtres, partagés ou non. Qu’importe, le Jazz offre un tel champ ouvert de propositions musicales, individuelles et collectives, que chacun est libre d’y vagabonder au gré de ses goûts sans s’interdire la curiosité et la réjouissante saveur d’une découverte.
Cette “Jazz attitude” que nous encourageons depuis 30 ans prend de plus en plus des allures de combat (de l’ordre de la survie et du vital) dans un environnement économique hostile dont la sauvegarde de la diversité est bien le dernier des soucis.
D’abandons en renoncements plus ou moins fatalistes, privés de véritables possibilités de choix (en terme de propositions comme de formation à la capacité de choisir), c’est notre espace de liberté qui s’amenuise, c’est notre désir même que l’on assassine.
En clair et pour rester dans notre domaine, le Jazz, deux ou trois chanteuses aussi douées soient-elles ne suffisent pas à couvrir l’ensemble de ce que nous aimons dans cette musique (dans son actualité la plus brûlante comme dans son passé le plus riche). Une musique tout aussi vivante “live” (”sur scène”) que sur les très nombreux enregistrements qui témoignent de son histoire et de son évolution et dont il est essentiel de continuer de fixer les développements.
C’est pourquoi, 30 ans plus tard, l’action de l’AJMI reste plus que jamais placée sous le double signe du sens et de la passion, portée vers l’avenir par le souci de la sauvegarde de la mémoire. Une mémoire que l’on va devoir défendre (face à une technologie qui s’emballe, gare aux risques suscités par la dématérialisation des supports) comme garante de notre devenir.
Avec vous qui soutenez nos actions, pour la création, pour les musiciens, pour notre liberté à tous. 30 ans, avanti!
Jean-Paul Ricard
DIRECTEUR ARTISTIQUE